10 questions au Docteur Aurélien ROUSVOAL

 

Dix questions au Docteur Aurélien ROUSVOAL

 Bordeaux

 

1/ Que pensez-vous de l’intérêt d’une reconstruction mammaire pour la patiente ?

La reconstruction mammaire, qu‘elle soit immédiate ou à distance de la mastectomie, est une étape essentielle dans la prise en charge de la femme atteinte par un cancer du sein. L’impact est majeur sur la qualité de vie au quotidien de la patiente en tant que Femme. Elle se « reconstruit » physiquement et psychologiquement. Dans tous les cas, cette étape ne peut s’envisager que lorsque la patiente est prête à s’engager dans ce processus.

2/ Pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette méthode de reconstruction qu’est le D.I.E.P.? Depuis quand pratiquez-vous le D.I.E.P. ?

En tant que chirurgien plasticien travaillant dans un Centre de Lutte Contre le Cancer, je dois proposer l’ensemble des techniques de reconstruction mammaire (prothèses immédiates, prothèses d’expansion, lambeau de muscle grand dorsal, DIEP) pour pouvoir m’adapter à toutes les situations cliniques et offrir aux patientes la meilleure solution. Je pratique depuis maintenant 3 ans la reconstruction mammaire par DIEP en collaboration avec le Pr Pinsolle.
Cette technique, permettant de prélever le lambeau abdominal en préservant le muscle grand droit de l’abdomen, m’a tout de suite séduit. En effet, par conviction personnelle, j’ai toujours refusé de pratiquer la technique du TRAM (utilisant la peau abdominale et le muscle grand droit) jugeant cette technique trop délabrante et pas assez fiable dans ses résultats.

3/ Pourquoi cette méthode est-elle peu connue et peu pratiquée en France ?

Cette méthode est peu connue et peu pratiquée car elle ne peut être réalisée que par des chirurgiens plasticiens formés à la microchirurgie et à la reconstruction mammaire dans des centres disposant de microscope électronique. C’est une intervention longue (de 5 à 6 heures) et délicate, qui nécessite de plus la mobilisation de 2 chirurgiens plasticiens travaillant en étroite collaboration avec une équipe paramédicale de pointe.

4/ Pour quelles raisons proposez-vous cette technique à vos patientes ?

Mon premier critère reste la possibilité de réaliser le prélèvement du lambeau abdominal en obtenant un résultat de plastie abdominale esthétique. Ensuite, lorsque cette condition est remplie, et que la patiente a bien saisi les modalités de l’intervention et sa complexité (temps opératoire, branchement en microchirurgie) et s’il n’existe pas de contre-indications opératoires, je la propose à la patiente, en mesurant avec elle le rapport bénéfice-risque.
Enfin je propose cette technique car je suis convaincu de son intérêt puisqu’elle permet d’avoir un bon résultat sans prothèses donc stables dans le temps.

5/ Toute patiente peut-elle en bénéficier ?

Il y a des contre-indications à respecter :
- manque d’excès cutané au niveau abdominal,
- tabagisme important,
- risques thromboemboliques élevés.

6/ Quel est l’intérêt principal de cette méthode de reconstruction pour la patiente ?

Un résultat naturel sans prothèse, stable dans le temps par rapport au sein controlatéral.

7/ Quels sont les principaux risques encourus par la patiente ?

Les risques encourus sont :
- la thrombose des branchements artériels ou veineux amenant à des interventions en urgence pour permettre au sang de circuler à nouveau dans le lambeau,
- la perte complète du lambeau : la peau abdominale ne survit pas au transfert du fait de la présence de caillots dans les vaisseaux, elle ne peut donc plus être utilisée pour reconstruire le sein. La patiente est donc à nouveau sans reconstruction mammaire. A distance, il sera toujours possible d’envisager une nouvelle reconstruction par une autre méthode (par lambeau de muscle grand dorsal, ou par SGAP (lambeau fessier),
- les phlébites et embolies pulmonaires,
- les hématomes avec risques de transfusions sanguines.

8/ Quel est le taux de réussite immédiate ? À distance ?

Le taux de réussite immédiat est de l’ordre de 95% ; à distance, si le lambeau reste bien vascularisé après 7 jours, sa survie est assurée à 100%. Les 24 premières heures sont primordiales, l’apparition de thrombose dans les vaisseaux ayant lieu principalement durant cette période : la patiente est donc surveillée en soins continus par une équipe infirmière formée à cette chirurgie, et prête à nous appeler à toute heure en cas de problème.

9 / Quelles sont les difficultés (techniques, financières…) que vous avez rencontrées au sein de l’établissement où vous exercez, quant à la pratique de cette technique du D.I.E.P. ?

A l’Institut Bergonié (et précédemment au CHU de Bordeaux) je n’ai jamais été confronté à des difficultés pour réaliser ce type d’intervention, bien au contraire. Il est sûr qu’il faut une cotation CCAM spécifique de cet acte chirurgical complexe.

10 / Enfin, que pensez-vous de l’utilité d’une association pour le D.I.E.P. ?

Je pense que l’existence de cette association est essentielle pour informer et soutenir les femmes qui s’engagent dans la démarche de bénéficier d’une reconstruction mammaire.
L’association va permettre de les éclairer dans leur choix en expliquant, avec d’autres mots que les miens, cette méthode de reconstruction. Cela favorise les échanges entre les patientes, et c’est important pour moi. A la fin de la première consultation, je leur propose systématiquement de consulter le site de R.S. DIEP afin qu’elles reviennent à la deuxième consultation avec des réponses, mais aussi éventuellement d’autres questions. C’est une aide précieuse pour offrir aux patientes une information exhaustive et compréhensible.

Merci au Docteur Rousvoal,
Interview réalisée en février 2010.