10 questions au Docteur Christophe LEPAGE

 

Dix questions au Docteur Christophe LEPAGE

Paris

 

1/ Que pensez-vous de l’intérêt de la reconstruction mammaire pour les patientes ?

La reconstruction est indispensable pour le confort, pour la qualité de vie, pour effacer les stigmates de cette dure épreuve qu’a été la prise en charge de la maladie. Je pense que c’est beaucoup plus qu’une intervention de simple confort.

2/ Depuis quand pratiquez-vous le D.I.E.P. ? Pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette méthode de reconstruction ?

Je pratique cette technique depuis 3 ans. Je m’y suis intéressé car cela permet d’effectuer des reconstructions mammaires autologues sans apport de matériel prothétique. L’utilisation de l’abdomen permet d’obtenir un résultat naturel et ne nécessite pas de ré-intervention en cas de variation pondérale ou pour révision d’implant en cas de reconstruction par prothèse. Par ailleurs il est prouvé que c’est une intervention dont la morbidité sur le site donneur est faible (notamment en comparaison avec le TRAM). Son inconvénient majeur est qu’elle est difficile à maîtriser. La microchirurgie est un moyen technique qui peut dissuader certains opérateurs, mais lorsqu’on en a les compétences et la formation, c’est un moyen technique parmi tant d’autres.

3/ Pourquoi cette méthode est-elle peu connue et peu pratiquée en France ?

Parce que c’est une technique récente. Le Pr Lantieri l’a développée en France. Aujourd’hui on forme les jeunes chirurgiens plasticiens à cette méthode. Je fais partie des premiers élèves qui la pratiquent régulièrement, les internes en chirurgie plastique s’y forment également. Les habitudes des praticiens changent, on fait de moins en moins de TRAM, qu’il soit pédiculé ou libre. On a également développé des moyens d’optimisation afin de faciliter la réalisation de cette intervention. Finalement ce n’est qu’une question de temps.

4/ Pour quelles raisons proposez-vous cette technique Ă  vos patientes ?

Quand il y a une bonne indication. Je ne suis pas favorable à la réalisation de cette technique pour toutes les patientes car on ne peut pas la proposer à tout le monde. Il y a également de bonnes indications de reconstruction par prothèse.

5/ Toute patiente peut-elle en bénéficier ?

Cette technique ne peut pas être proposée à tout le monde car il faut une zone donneuse abdominale favorable, chez une patiente qui ne présente pas de surpoids.  Il existe une contre-indication formelle qu’est le tabagisme, en raison de la microchirurgie.

6/ Quel est l’intérêt principal de cette méthode de reconstruction pour la patiente ?

On reconstruit un sein naturel, graisseux, on peut recréer la ptose : on obtient un résultat morphologique le plus proche du sein naturel. On n’a pas recours à des matériaux de synthèse. Et surtout pour la patiente, une fois la reconstruction  effectuée, la symétrisation faite, le résultat va évoluer avec la vie : si la patiente prend ou perd du poids, les seins évolueront en conséquence. Il n’est pas nécessaire de ré-intervenir sur la reconstruction dix ans après pour maintenir un résultat satisfaisant. L’absence d’utilisation d’implant prothétique permet d’éviter les désagréments et complications liés aux prothèses. C’est une intervention qui est certes lourde au départ mais, à terme, la patiente s’y retrouve puisque l’on diminue grandement les reprises chirurgicales !

7/ Quels sont les principaux risques encourus par la patiente ?

La perte du lambeau, donc l’échec de la reconstruction. Lors de l’intervention, on effectue des branchements sur des vaisseaux de très faible calibre (3-4 mm) qui risquent de se boucher à tout moment pendant les premiers jours postopératoires. Dans ce cas, la patiente retourne au bloc opératoire afin de retirer le lambeau. Il y a toujours d’autres possibilités de reconstruction du sein.

8/ Quel est le taux de réussite de cette technique ?

A l’Hôpital Henri Mondor, on recense moins de 5 % d’échec. En fait, le succès est lié à la bonne sélection des patientes : pas d’antécédents tabagiques, pas de surpoids.

9/ Quelles sont les difficultés (techniques, financières…) que vous avez rencontrées au sein de votre établissement, quant à la pratique de cette technique du D.I.E.P. ?

Grâce à l’influence du Pr Lantieri qui a souhaité le développement de cette technique au sein de son service qui pratiquait déjà la microchirurgie, nous n’avons pas rencontré de difficultés techniques particulières.

10/ Enfin, que pensez-vous de l’intérêt d’une association soutenant la reconstruction mammaire par D.I.E.P. ?

C’est très utile. Cela permet de faire connaître la technique aux patientes, de les informer sur le déroulement de l’intervention et ses éventuelles complications. Cela leur permet également de s’orienter vers la technique en sachant quels centres la pratiquent…

Merci au Docteur Lepage,
Interview réalisée en juillet 2008.
 


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