10 questions au Docteur Marc David BENJOAR

 

Dix questions au Docteur Marc-David BENJOAR

 Paris

 

1/ Que pensez-vous de l’intérêt d’une reconstruction mammaire pour la patiente ?

Tout d’abord je tiens à préciser que la reconstruction n’est pas une obligation. Certaines patientes souhaitent éviter le milieu médical après leur cancer (notamment les chirurgiens).
Néanmoins, trop de patientes ne se font pas reconstruire simplement parce qu’aucun médecin ne leur a proposé de consulter un chirurgien plasticien après leur mastectomie. Elles doivent pouvoir prendre conseil auprès d’un praticien spécialisé qui leur expliquera les bénéfices attendus et les risques des différentes techniques de reconstruction. La reconstruction permet de restituer l’intégrité corporelle des femmes amputées. Dans mon expérience, le bénéfice psychologique est toujours présent si le résultat attendu a bien été expliqué à la patiente en préopératoire. Il existe aussi un bénéfice physique important avec la diminution des douleurs dorsales liées à l’asymétrie de poids entre les côtés, et à la possibilité de reprise du sport, notamment de la natation.

2/ Pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette méthode de reconstruction qu’est le D.I.E.P.? Depuis quand pratiquez-vous le D.I.E.P. ?

C’est le Pr Lantieri qui m’a initié à la technique DIEP. Auparavant cette technique me paraissait extrêmement compliquée, très longue, avec un taux d’échec important. Ce préjugé est répandu parmi les chirurgiens cancérologues et reconstructeurs. Ce n’est qu’en terminant ma formation à Henri Mondor que j’ai pu me rendre compte qu’il s’agit d’une procédure fiable donnant sans aucun doute le résultat le plus naturel et stable dans le temps. Je pratique cette technique depuis novembre 2008.

3/ Pourquoi cette méthode est-elle, selon vous, peu connue et peu pratiquée en France ?

Elle nécessite la maîtrise de la microchirurgie vasculaire (suture de vaisseaux de moins de 2 mm de diamètre) à un haut niveau. Peu de chirurgiens en France possèdent cette maîtrise qui requiert un apprentissage sur animal d’un an, puis une formation clinique d’environ 2 à 3 ans. De plus, la procédure dure de 5 à 7 heures, ce qui la rend peu intéressante financièrement pour une clinique et même pour un hôpital.

4/ Pour quelles raisons proposez-vous cette technique Ă  vos patientes ?

Cette technique s’oppose à la reconstruction par prothèse en silicone qui, même si elle donne un résultat esthétique parfois supérieur, notamment chez les femmes ayant un sein restant de petit volume, représente toujours un corps étranger mis dans le corps de la patiente. Ainsi le DIEP est l’une des 4 techniques (avec le TRAM, le SGAP et le grand dorsal avec injection de graisse) permettant une reconstruction avec les propres tissus de la patiente (reconstruction autologue). C’est la garantie d’un résultat fiable, stable et surtout parfaitement accepté par la patiente.

5/ Toute patiente peut-elle en bénéficier ?

La condition indispensable est de présenter un excédent cutané abdominal. Ceci est en pratique assez souvent le cas chez des patientes qui, après leur cancer, suivent une hormonothérapie qui provoque une prise de poids. Il existe des contre-indications à cette technique comme un tabagisme, un surpoids important, ainsi qu’un antécédent de plastie abdominale.

6/ Quel est l’intérêt principal de cette méthode de reconstruction pour la patiente ?

Pour les patientes qui ne peuvent ou ne souhaitent pas se faire reconstruire par prothèse, les techniques alternatives de reconstruction autologue me semblent présenter des inconvénients importants.
Le lambeau pédiculé TRAM nécessite le prélèvement du muscle grand droit de l’abdomen et la pose d’une prothèse abdominale en polyéthylène afin d’éviter une éventration. De plus cette technique peut présenter de 15 à 20 % de complications du lambeau.
La technique de grand dorsal avec injection de graisse nécessite, elle, le prélèvement du muscle grand dorsal, ce qui peut gêner les patientes sportives, mais surtout nécessite au minimum 3 séances d’injection de graisse pour obtenir un volume suffisant.
De nombreux chirurgiens proposent également une technique de grand dorsal avec pose de prothèse chez des patientes avec des séquelles de radiothérapie. Cette technique est intéressante mais s’expose aux complications liées à la mise en place d’une prothèse (résultat moins stable avec possibilité de coques).
Le prélèvement de graisse fessière (SGAP) est plus difficile techniquement, et je le réserve aux cas où le DIEP est impossible.

7/ Quels sont les principaux risques encourus par la patiente ?

Pour la patiente, le risque principal est celui de phlébite et/ou d’embolie pulmonaire. Il est inférieur à 0,5 % des cas.

8/ Quel est le taux de réussite immédiate ? À distance ?

Dans notre équipe, le taux de réussite immédiat (survie du lambeau à 8 jours) est de 95 %. À distance, une fois le lambeau pris, le résultat est stable. Des retouches mineures sont souvent effectuées lors de la reconstruction de l’aréole ou de la symétrisation du sein restant.

9/ Quelles sont les difficultés (techniques, financières…) que vous avez rencontrées au sein de l’établissement où vous exercez, quant à la pratique de cette technique du D.I.E.P. ?

À Henri Mondor, nous n’avons pas de difficulté dans la pratique de cette technique qui est implantée depuis plus de 15 ans grâce au Pr Lantieri. Cependant, notre nombre de bloc opératoire est limité à 2, et comme cette intervention bloque les ¾ d’une journée, nous sommes malheureusement obligés de proposer des délais opératoires très longs (3 à 4 mois dans mon cas). En revanche, la pratique de cette technique en clinique privée en région parisienne est difficile à mettre en place. Il existe des réticences de la part des directeurs de cliniques qui jugent cette chirurgie peu rentable, et des confrères installés qui la décrient et favorisent la pose de prothèses en silicone.

10/ Enfin, que pensez-vous de l’utilité d’une association pour le D.I.E.P. ?

Il s’agit d’une avancée majeure pour le développement de cette technique en France. Il me paraît essentiel de militer pour que les patientes puissent avoir accès à probablement la meilleure technique de reconstruction mammaire. Face à des lobbys très puissants, seule une association de patientes peut faire évoluer les mentalités.

Merci au Docteur Marc-David Benjoar
Interview réalisée en octobre 2009.


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