10 questions au Docteur Thierry GUIHARD

 

Dix questions au Docteur Thierry GUIHARD

 Saint Cloud - Paris

 

1/ Que pensez-vous de l’intérêt d’une reconstruction mammaire pour la patiente ?

Pour moi la question ne se pose pas. D’ailleurs si la sécurité sociale prend en charge cette intervention à 100%, c’est que l’on ne peut pas remettre en cause sa légitimité ! Je pense que les personnes les plus éclairées pour répondre sont les femmes “mastectomisées”. Quand on les écoute en consultation on se rend compte que, la mutilation physique évidente, hormis ce barrage dans leur féminité, hormis cette cicatrice qui leur rappelle la gravité de la maladie, il y a le handicap fonctionnel quotidien : le poids de la prothèse externe, l’irritation de celle-ci sur la peau, la  pour se mettre en maillot de bain, pour s’habiller... La maladie cancéreuse mortelle n’est-elle pas remplacée par une souffrance physique et psychologique tout aussi vitale ? Pour moi, la réponse est évidente et naturelle.

2/ Pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette méthode de reconstruction qu’est le D.I.E.P.? Depuis quand pratiquez-vous le D.I.E.P. ?

J’ai été formé, entre autres, par le Professeur Laurent Lantieri au CHU Henri Mondor de Créteil. L’intérêt de cette technique, qu’il a développée en France, m’est apparu essentiel, pas seulement pour reconstruire le sein. C’est une méthode supplémentaire qui ne sacrifie aucun tissu “noble”, qui reconstruit un sein d’aspect, de palpation et d’évolution naturels.
Par ailleurs, d’un point de vue technique, il s’agit d’une intervention très plaisante combinant une dissection anatomique fine, la microchirurgie et un modelage du ventre et du sein reconstruit. Je pratique le D.I.E.P. depuis 2004.

3/ Pourquoi cette méthode est-elle peu connue et peu pratiquée en France ?

Le D.I.E.P. est très connu des chirurgiens plasticiens. Par contre c’est une méthode reconstruction plus récente que les autres, ce qui explique en partie sa fréquence faible. Par ailleurs toutes les femmes ne peuvent pas être reconstruites par un D.I.E.P. Enfin, cette méthode nécessite une formation précise.

4/ Pour quelles raisons proposez-vous cette technique Ă  vos patientes ?

D’abord si la patiente a une bonne indication sans avoir de contre-indication. Ensuite parce que le résultat final sera naturel et stable dans le temps. Enfin parce que la technique améliore aussi l’aspect esthétique du ventre de la patiente.

5/ Toute patiente peut-elle en bénéficier ?

Non. Il faut que les vaisseaux vascularisant les tissus utilisés soient intacts. Au besoin, il faut s’en assurer en pratiquant un scanner. De plus il s’agit d’une intervention lourde nécessitant une structure médicale adaptée et une patiente en bonne santé générale et bien informée. Il faut aussi avoir un ventre suffisamment généreux...

6/ Quel est l’intérêt principal de cette méthode de reconstruction pour la patiente ?

Reconstruire un sein “naturel” et de bon volume sans sacrifier de tissu “noble”.

7/ Quels sont les principaux risques encourus par la patiente ?

Ces risques sont faibles en nombre mais importants en gravité. D’abord l’échec, présent dans moins de 10% des cas ; ensuite les risques liés à la chirurgie abdominale : la phlébite et surtout l’embolie pulmonaire ; enfin le risque de transfusion.

8/ Quel est le taux de réussite immédiate ? À distance ?

Le taux de réussite est supérieur à 90%. Passées les 24 premières heures ce taux augmente jusqu’à avoisiner les 100% à une semaine : c’est-à-dire qu’un D.I.E.P. “vivant” à une semaine le restera à vie sauf circonstance extraordinaire.

9/ Quelles sont les difficultés (techniques, financières…) que vous avez rencontrées au sein de l’établissement où vous exercez, quant à la pratique de cette technique du D.I.E.P. ?

J’ai la chance d’opérer dans deux établissements bien équipés médicalement. Les difficultés peuvent être de 2 ordres : le problème lié à une surveillance adaptée, c’est-à-dire que l’équipe, notamment de nuit, doit savoir dépister un problème de vascularisation du lambeau pour que l’on puisse y remédier très rapidement. L’autre difficulté est liée à la durée de l’intervention : elle “bloque” une salle d’opération pour la journée ou presque. En pratique ces difficultés sont facilement surmontées.

10/ Enfin, que pensez-vous de l’utilité d’une association pour le D.I.E.P. ?

L’association a pour but d’informer objectivement les patientes mais aussi les sur cette technique relativement récente et très intéressante : par conséquent elle est très utile. Elle ne peut qu’enrichir le dialogue entre les différents intervenants.

Merci au Docteur Thierry Guihard,
Interview réalisée en octobre 2008.