10 questions au Professeur Duquennoy Martinot

 

Dix questions au Professeur VĂ©ronique DUQUENNOY-MARTINOT

LILLE

 

1/ Que pensez-vous de l’intérêt d’une reconstruction mammaire pour la patiente ?

La reconstruction mammaire permet à de nombreuses femmes de s’éloigner de la maladie, de retrouver une partie de leur féminité et de faire le deuil du sein perdu. C’est souvent une étape essentielle du traitement du cancer qui permet de retourner à une vie « normale ».

2/ Pourquoi vous êtes-vous intéressé(e) à cette méthode de reconstruction qu’est le D.I.E.P.? Depuis quand pratiquez-vous le D.I.E.P. ?

La technique du DIEP est séduisante car elle permet de reconstruire un sein sans prothèse, en utilisant les tissus de l’abdomen, tissus dont la texture et la nature sont très proches du sein naturel. Par ailleurs, c’est une méthode moins mutilante pour l’abdomen que ne l’était celle du TRAM qui prélevait un muscle et donc affaiblissait la paroi, imposant d’ailleurs la mise en place d’une plaque prothétique pour éviter l’éventration.

3/ Pourquoi cette méthode est-elle peu connue et peu pratiquée en France ?

Cette méthode est parfaitement connue en France mais elle est peu pratiquée parce qu’elle nécessite de la microchirurgie, c’est-à-dire des anastomoses de vaisseaux réalisées au microscope, technique délicate et relativement longue mobilisant une équipe plusieurs heures.

4/ Pour quelles raisons proposez-vous cette technique Ă  vos patientes ?

Car le sein, ainsi obtenu, a une consistance et une forme assez voisine d’un sein naturel, sans matériel étranger. Par ailleurs, les séquelles de l’abdomen (endroit où l’on prend la chair pour refaire le sein) sont relativement acceptables, même s’il y a une très longue cicatrice, ainsi qu’une deuxième plus petite autour du nombril.

5/ Toute patiente peut-elle en bénéficier ?

Non, bien sûr. La chirurgie plastique et reconstructrice est toujours une affaire de cas particuliers. Chaque situation est différente. Il n’est pas question de faire du prêt-à-porter mais bien du sur mesure. Il faut donc évaluer la situation soigneusement en consultation en analysant ce qui est possible chez chaque patiente afin de choisir la solution la plus adaptée à la personne que l’on a en face de soi. La patiente a bien son mot à dire quant au choix technique final puisque c’est elle qui jugera le mieux ce qu’elle est prête à accepter comme lourdeur d’intervention, comme séquelles des gestes faits, etc…

6/ Quel est l’intérêt principal de cette méthode de reconstruction pour la patiente ?

Avoir un sein reconstruit avec sa propre chair au prix de séquelles acceptables sur l’abdomen. Cependant, il est très important de noter qu’il s’agit d’une intervention relativement lourde qui imposera une convalescence de plusieurs semaines mais ceci est vrai pour pratiquement toutes les méthodes de reconstruction mammaire.

7/ Quels sont les principaux risques encourus par la patiente ?

Le risque principal est celui d’échec (le lambeau se nécrose) si les vaisseaux, qui nourrissent le lambeau, se bouchent.
Par ailleurs, il faut bien que la patiente comprenne les contraintes techniques et la lourdeur du geste opératoire. Il ne s’agit pas d’une intervention à prendre à la légère.

8/ Quel est le taux de réussite immédiate ? À distance ?

Il est difficile de répondre de façon très précise à cette question puisque la notion de réussite est une notion assez personnelle pour chacune des patientes.
Chaque patiente ayant subi un cancer du sein souhaite inconsciemment ou consciemment retrouver le sein qu’elle a perdu. Or, aucun chirurgien ne peut lui rendre ce sein. En revanche, on peut tenter de lui apporter un volume et une forme qui s’approchent le plus possible du sein perdu et du sein controlatéral. Dans cet esprit, la technique du DIEP donne de bons résultats. Il faut cependant avoir à l’esprit les possibilités d’échec précoce (2 à 4%) par thrombose des vaisseaux (vaisseaux qui se bouchent) entraînant la perte d’apport sanguin dans les tissus aboutissant donc à la perte du lambeau. Passé le cap des premiers jours après la reconstruction du volume, ce type d’échec devient exceptionnel.
Par contre, avant d’obtenir une reconstruction aboutie, il faudra envisager d’autres gestes chirurgicaux qui permettront d’affiner le résultat, de reconstruire l’aréole et d’améliorer la symétrie avec le sein controlatéral. Il faut donc subir plusieurs interventions chirurgicales.

9/ Quelles sont les difficultés (techniques, financières…) que vous avez rencontrées au sein de l’établissement où vous exercez, quant à la pratique de cette technique du D.I.E.P. ?

Aucune. Mon seul souci est la difficulté à répondre à toutes les demandes des patientes. En effet, pour la région Nord-Pas-de-Calais, le service où je travaille est la seule structure publique réalisant de la chirurgie plastique et reconstructrice. Les  délais pour obtenir un rendez-vous en consultation sont donc longs.

10/ Enfin, que pensez-vous de l’utilité d’une association pour le D.I.E.P. ?

Ce peut être un lieu d’échanges pour les patientes, particulièrement pour celles qui sont en souffrance psychologique. Il existe cependant un risque, celui de laisser croire que toutes les techniques sont possibles chez toutes les femmes, ce qui n’est bien sûr pas la réalité. Seul l’échange en consultation avec le chirurgien permettra de répondre précisément aux attentes de la patiente et d’évaluer avec elle si on peut lui proposer cette méthode ou s’il faut en choisir une autre.

Merci au Professeur VĂ©ronique DUQUENNOY MARTINOT,
Interview réalisée en octobre 2008.