10 questions au Professeur Laurent LANTIERI

 

Dix questions au Professeur Laurent LANTIERI

 Paris

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1/ Que pensez-vous de l’intérêt d’une reconstruction mammaire pour la patiente ?

Je pense qu’il est très important que toute femme ayant à traverser l’épreuve du cancer du sein puisse en ressortir avec un sein : qu’il ait été conservé si l’on a pu faire un traitement conservateur, ou qu’il soit reconstruit si on a dû en faire l’ablation.

2/ Pourquoi vous êtes-vous intéressé(e) à cette méthode de reconstruction qu’est le D.I.E.P.? Depuis quand pratiquez-vous le D.I.E.P. ?

Je m’y suis intéressé car je m’étais beaucoup intéressé aux techniques microchirurgicales de reconstruction. J’avais été formé aux Etats-Unis à la technique du TRAM pédiculé et du TRAM libre. Et lorsqu’en 1994 j’ai vu cette technique, elle m’est apparue beaucoup plus satisfaisante. Ainsi, depuis 1995, nous la pratiquons régulièrement dans le service.

3/ Pourquoi cette méthode est-elle peu connue et peu pratiquée en France ?

Il faut bien spécifier « en France », car cette technique est devenue un standard dans les services de reconstruction mammaire à travers le monde entier. Ce n’est pas une chirurgie qui nécessite des moyens exceptionnels. En fait, le DIEP fait partie de l’arsenal thérapeutique dans la plupart des établissements pratiquant la chirurgie mammaire reconstructrice dans le reste du monde.
En France, ce n’est pas encore développé pour de multiples raisons : la raison la plus souvent invoquée est la faiblesse de la rémunération de l’intervention par rapport à l’investissement. Mais ce n’est pas le seul motif : il s’agit d’une technique relativement récente et nécessitant des compétences en techniques microchirurgicales qui sont complexes et fatigantes et que peu de chirurgiens plasticiens pratiquent.
La microchirurgie se fait tout à fait couramment dans les services de chirurgies de reconstruction de la main : pour le sein, la technique microchirurgicale n’est pas encore aussi bien acceptée.
On pourrait dire que l’avantage du DIEP par rapport au TRAM est identique à l’avantage de la céliochirurgie pour enlever une vésicule par rapport à une chirurgie ouverte : pour l’un on a des séquelles, pour l’autre il n’y en a pas.

4/ Pour quelles raisons proposez-vous cette technique Ă  vos patientes ?

Je la propose parce que je considère aujourd’hui que c’est une technique qui est fiable et surtout que les séquelles sont extrêmement faibles ; qu’elle n’empêche pas d’avoir recours à d’autres chirurgies reconstructrices, et que les patientes reconstruites par DIEP sont extrêmement satisfaites.
C’est la seule technique avec laquelle on peut reconstruire un sein à l’identique du sein ôté.

5/ Toute patiente peut-elle en bénéficier ?

Non. Il y a des contre-indications morphologiques : il faut avoir un petit peu de ventre et ne pas avoir eu recours à des chirurgies abdominales auparavant – en cas de plastie abdominale un DIEP est impossible ; en revanche, en cas de césarienne c’est souvent possible.
Les autres contre-indications sont d’ordre général : le tabagisme, ou un état de santé général qui ne permet pas de faire ce type d’intervention.
L’âge n’est pas une contre-indication, si l’état physiologique de la patiente est correct, on pourra lui faire un DIEP.

6/ Quel est l’intérêt principal de cette méthode de reconstruction pour la patiente ?

Son sein est reconstruit avec ses propres tissus : lorsqu’elle grossit le sein grossit, si elle maigrit, il maigrit, ce n’est pas un corps étranger, et il n’y a pas de séquelles sur le site donneur.

7/ Quels sont les principaux risques encourus par la patiente ?

Le risque principal est l’échec de la technique – c’est à dire le fait que le greffon ne prenne pas – risque que l’on estime à 5 %.

8/ Quel est le taux de réussite immédiate ? À distance ?

Au niveau du résultat immédiat, on sait qu’on a un risque d’échec de 5 %. À distance, avec cette technique, il n’y a aucune dégradation, contrairement à une reconstruction par prothèse. En effet, dans une reconstruction par prothèse, on a 25 à 30 % d’interventions non programmées au départ, qui seront liées aux problèmes de symétrie entre les deux seins car le corps se sera modifié par rapport à la chirurgie initiale.

9/ Quelles sont les difficultés (techniques, financières…) que vous avez rencontrées au sein de l’établissement où vous exercez, quant à la pratique de cette technique du D.I.E.P. ?

Je tenais absolument à pratiquer cette technique et j’ai été autorisé à le faire ici, à Mondor, notamment car je n’avais eu aucun échec sur tous les lambeaux libres que j’avais pratiqués jusqu’alors. En fait, je n’ai pas eu tellement de difficultés en interne, mais plutôt dans les congrès français de chirurgie lorsque j’ai présenté le DIEP. Cette réticence initiale a peut-être freiné la pratique et le développement de la technique en France…

10/ Enfin, que pensez-vous de l’utilité d’une association pour le D.I.E.P. ?

Enfin !

Merci au Professeur Lantieri,
Interview réalisée en août 2008.