10 questions au Professeur Maurice MIMOUN

 

Dix questions au Professeur Maurice MIMOUN

 Paris

 

1/ Que pensez-vous de l’intérêt d’une reconstruction mammaire pour la patiente ?

Fondamental naturellement : reconstruction physique, reconstruction psychique. Les  femmes sont souvent très mal accompagnées et très mal informées voire infantilisées dans cette démarche qui ne peut se résumer qu’à un acte technique.

2/ Pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette méthode de reconstruction qu’est le D.I.E.P.? Depuis quand pratiquez-vous le D.I.E.P. ?

Pour deux raisons :
- Une positive, parce que la reconstruction par la peau du ventre est intéressante.
C’est une alternative de plus à proposer aux patientes dans la reconstruction mammaire. C’est parfois la meilleure solution. Parfois, ce n’est pas une alternative mais la seule solution.
- Une négative, parce que j’ai toujours été très réticent à la technique de TRAM, c’est à dire la méthode qui utilise la peau du ventre en sacrifiant un muscle abdominal. A mes yeux, cette méthode ne devrait plus être utilisée aujourd’hui car elle entraîne une séquelle trop lourde par le délabrement de la sangle abdominale.

3/ Pourquoi cette méthode du DIEP est-elle peu connue et peu pratiquée enFrance ?

Parce que c’est une méthode difficile qui demande un chirurgien entraîné aux techniques de microchirurgie et une équipe paramédicale de haut niveau. La surveillance postopératoire est fondamentale et nécessite une infrastructure qui permette les soins adaptés.

4/ Pour quelles raisons proposez-vous cette technique Ă  vos patientes ?

Il est très difficile de donner des raisons en quelques phrases. En reconstruction mammaire, nous avons tout un panel de techniques. Il faut bien faire comprendre aux patientes que toutes les méthodes ne sont pas utilisables pour chacune d’elles. Elles dépendent d’une multitude de facteurs : la qualité de la peau, les zones d’excès cutanés surtout du ventre et du dos (pour une fois un bourrelet peut être utile…), le poids, l’aspect longiligne ou bréviligne, la largeur du thorax, le type de mastectomie, la hauteur et la direction de la cicatrice, la souplesse de la peau dans la zone du sein enlevé, l’existence et la qualité du muscle pectoral, la forme et la taille de l’autre sein, la radiothérapie, les interventions antérieures, les éventuelles cicatrices sur le ventre, les antécédents et maladies associées (diabète, artérite…), le tabagisme, l’avis de l’oncologue, etc., etc. La liste est longue et dans chaque rubrique, l’évaluation n’est pas binaire, oui ou non, elle peut être nuancée. Vous remarquerez que je n’ai pas mis l’âge. Une femme peut être reconstruite à n’importe quel âge si elle le désire et si son état général le permet.
Dans tout ce labyrinthe, il se dégage parfois une seule méthode, parfois plusieurs, mais pas toutes. Il faut alors choisir. Le médecin doit expliquer et la patiente doit choisir. Chaque technique a des avantages, des inconvénients et des risques.
Le DIEP, dans les cas adaptés, est une excellente méthode car elle n’entraîne que peu de séquelles (une cicatrice au ventre), une très belle qualité de résultat sans prothèse, l’absence de séquelle fonctionnelle puisqu’elle ne sacrifie pas de muscle abdominal.

5/ Toute patiente peut-elle en bénéficier ?

Non. Il faut, comme je l’ai répondu à la question précédente, prendre en compte de nombreux critères parmi lesquels le vœu de la patiente est fondamental.

6/ Quel est l’intérêt principal de cette méthode de reconstruction pour la patiente ?

Je le répète : la qualité esthétique, l’absence de séquelle fonctionnelle, le peu de séquelles esthétiques mais aussi la pérennité du résultat.

7/ Quels sont les principaux risques encourus par la patiente ?

D’abord, les risques généraux, ceux de toute chirurgie. Malheureusement, même s’ils sont exceptionnels, les risques les plus graves existent et notamment phlébites et embolies pulmonaires, mais tous les autres aussi.
Puis les risques locaux : le risque particulier du DIEP est l’échec total par thrombose des vaisseaux. Si les petites artère et veine que nous anastomosons en microchirurgie pour faire vivre le lambeau se bouchent, et si malgré une reprise chirurgicale, le phénomène se reproduit, l’échec est total et la peau abdominale transposée va nécroser et devra être enlevée. Il faut en informer la patiente au préalable.

8/ Quel est le taux de réussite immédiate ? À distance ?

Immédiate : 95% environ. Le risque d'échec est dû essentiellement à la thrombose des vaisseaux. En microchirurgie, malgré la qualité des équipes, il existe toujours un pourcentage d’échec sans que malheureusement, on puisse expliquer pourquoi. Il faut se méfier des équipes qui affirmeraient que ces échecs n’existent pas. Ce taux oscille autour de 5%. En tout cas, là aussi, il faut toujours en informer la patiente.

9/ Quelles sont les difficultés (techniques, financières…) que vous avez rencontrées au sein de l’établissement où vous exercez, quant à la pratique de cette technique du D.I.E.P. ?

Financière, il ne devrait pas y en avoir car toutes les patientes doivent pouvoir avoir accès à cette technique quand elle est indiquée. Pour plus de clarté, il devrait y avoir un code CCAM particulier pour le DIEP*, ce qui le ferait reconnaître à sa juste valeur et qui serait plus clair pour tout le monde. Pour le reste, c’est une question de volonté du chef de service. Il est vrai que c’est une technique difficile qui demande une compétence particulière en microchirurgie, une mobilisation suffisante de personnel médical et paramédical, ce qui est parfois difficile à mettre en place, et une disponibilité des blocs.
*Depuis février 2014 le D.I.E.P. a sa propre nomenclature

10/ Enfin, que pensez-vous de l’utilité d’une association pour le D.I.E.P. ?

Formidable. Je trouve que les patientes sont en France gravement sous-informées. Elles ne sont pas traitées comme elles le devraient. La reconstruction mammaire n’est pas qu’une technique, c’est un chemin que la patiente doit vivre de manière active, consciente des difficultés, des limites avec son médecin. Elles sont souvent laissées à elles-mêmes ou au contraire, engagées dans des filières de soins où elles n’ont pas leur mot à dire. La reconstruction mammaire commence par une pédagogie afin que la femme soit au cœur de son traitement.

Merci au Professeur Maurice Mimoun,
Interview réalisée en octobre 2008.
 


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