Mon Bidou-sein et moi en avant dans la joie de vivre en 2015

 

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Mon « Bidou-sein » et moi, en avant dans la joie de vivre !

Prénom : Sophie

Age : 29 ans
Ville : IDF

Interventions : Tumorectomie  et curage axillaire effectués le 25.11.2014, tumorectomie qui s’est avérée être un échec au vue des analyses reçues 3 semaines après (limites d’exérèse non saines)
Mastectomie et reconstruction immédiate par DIEP le 27.01.2015.

Je me suis trouvée une tumeur dans le sein droit et une semaine après j’avais le diagnostic : cancer du sein, hormonodépendant et HER positif. 28 ans, pas d’antécédent familial, le verdict tombe fin mai 2014. Aller,  faut se lancer dans une aventure, perdre ses repères, faire 8 séances de chimio, perdre ses cheveux, être faible et vulnérable alors qu’on a toujours voulu paraître forte et inébranlable et puis une opération,  et puis une deuxième pas prévue à l’origine : mastectomie et reconstruction par DIEP. Comment vais-je réagir ?  Et bien après coups je suis fière de moi et fière de mes choix.
Après 8 séances de chimio  de début juin à  fin octobre 2014 et une tumorectomie + curage axillaire fin novembre 2014, on m’annonce que les analyses de la tumeur sont mauvaises et qu’il faut subir une autre opération et enlever tout le sein… Quelle annonce…  Je consulte alors à nouveau mon chirurgien qui m’a immédiatement proposée la technique du DIEP car j’ai  un bon petit bourrelet exploitable ;-). Je ne savais même pas que cette technique existait. Il m’en a expliqué tous les avantages. C’est une super solution puisqu’elle permet de m’ôter ce cancer du corps, d’avoir un rendu proche du naturel pour le sein, de ne pas perdre  physiquement le sein dès l’opération et même de pouvoir avoir une augmentation mammaire tout en perdant du ventre à la fois.
Avant l’opération je suis bien informée mais la peur de la chirurgie lourde (8heures) et surtout des douleurs et des cicatrices est  quand même bien présente.  Oui parce que cette opération a plein d’avantages mais c’est quand même quelque chose... En même temps j’ai hâte d’enlever ce sein infecté et de pouvoir transformer ma graisse du ventre en nouveau sein sain.
L’opération est longue et les jours d’hospitalisation ne sont pas très confortables. 2 jours en soins intensifs avec impossibilité de se lever, des monitorings de partout,  des piqures quotidiennes, un appareillage aux jambes pour ne pas faire de phlébites (alors certes ca masse les jambes mais ca fait beaucoup de bruit et donc pas idéal pour dormir), et même une transfusion de sang car j’étais trop faiblarde et avais perdu du sang pendant l’intervention (à savoir un sein saigne beaucoup pendant une intervention chirurgicale).  Après ces 2 jours en USCC,  je retourne en soins normaux et c’est un peu mieux mais j’ai mal au ventre (le sein quant à lui me laisse franchement tranquille). Le plus pénible étant d’avoir une sensation de peau qui tire, comme si on a été recousu trop court ou trop serré. Et puis il faut supporter de devoir trainer mes 4 drains dans un sac dès que je me déplace mais globalement je sors du lit assez vite, me douche seule (avec mes drains) et commence de faire les 100 pas dans les couloirs.  Chaque jour à l’hôpital je constate qu’il y a du mieux, chaque jour je me redresse un peu plus, pour finalement sortir au bout de 6 jours bien droite et rentrer chez moi. Une semaine m’a suffit pour ne plus marcher courbée comme une petite mamy.
Au retour à la maison et après 5 jours à domicile, je retire mes pansements. J’avais bien aperçu mes cicatrices lors des soins infirmiers à l’hôpital mais c’est la première fois que je peux me regarder le corps entier dans une glace. Je bloque longtemps pour pouvoir m’approprier ces cicatrices et ce nouveau corps (gros lolos, ventre plat mais des grosses cicatrices). J’ai l’impression que mon nouveau nombril est trop haut, c’est bizarre.  Ma cicatrice du ventre est au dessus de mes sous-vêtements car mes « perforantes » étaient hautes (veines qui servent à irriguer le greffon) donc pour moi la cicatrice ne peut pas vraiment se cacher à moins d’avoir des culotes très montantes. Peu importe je l’assume et j’achète même un maillot de bain 2 pièces pour cet été. Le plus gênant est qu’elle arrive pile poil sous mes ceintures de jean (taille basse) mais pas grave ca ne fait pas mal. Enfin au début, je mets des pantalons plus large, d’une taille au dessus ou style jogging mais très vite après environ 1 moi set demi je remets mes jeans slims sans douleur ni inconfort. Mon nombril reprend un aspect normal et je trouve même que sa position me donne un aspect général beaucoup plus mince qu’avant.
Le médecin me conseille 2 mois sans sport, mais c’est sans compter sur le fait  que j’ai des vacances au ski de prévues  et que je compte bien skier. En effet 1 mois et 15 jours après mon opération je skie 9 jours d’affilés, minimum 5heures par jours sur des pistes de ski alpins plus pentues les unes des autres. Ce n’est pas une maladie ou des opérations qui auront raison de mon dynamisme et de mes vacances! J’ai retrouvé ma pêche d’avant chimio alors go !
Au début, à la suite de mon opération, mon sein diéppé était énorme, gonflé sur le côté, sous l’aisselle surtout. J’avais l’impression d’avoir un ballon de basket sous le bras et de partir faire un match. En 2 mois le sein a bien dégonflé naturellement pour devenir plus identique à l’autre. Il est toujours un peu plus gros mais c’est normal car j’ai demandé une augmentation mammaire du coup (ben tiens , autant retourner la situation en ma faveur!)  et  l’autre devrait être ajusté par une petite prothèse bientôt. Au niveau des cicatrices, seulement 2 mois après et je constate déjà une nette amélioration avec une cicatrice qui tente à se fondre dans la peau et qui n’est plus boursoufflée, juste rosée. Je me dis que bientôt elle sera suffisamment fine pour que je l’oublie, pire que j’en sois fière. Le seul hic de mon côté est que j’ai du petit duvet (à l’origine sur mon ventre) qui trouve son confort en étant « raccordé » sur mon sein et qui a poussé. Je vais voir avec mon chirurgien si je peux avoir une épilation définitive au laser au moment de la reconstruction de l’aréole.
J’ai même retrouvé ma sensibilité pendant ces 2 mois, certes bien moins importante qu’avant  je conçois, mais moi qui pensais ne plus rien sentir, je suis heureuse de voir que mon sein reste assez sensible du moins quand on le touche de façon ferme. Mini caresse s’abstenir chéri, je ne sentirai pas, surtout si c’est dans la zone de l’aréole car c’est la où c’est le moins sensible. Je n’ai toujours pas de mamelon mais je ne m’en porte pas trop mal. Je finis d’abord ma radiothérapie et on verra quelles sont les techniques de reconstruction du mamelon qui vont m’être proposées. J’ai tout entendu (peau des petites lèvres, tatouages, peaux entre les orteils, derrière l’oreil, etc.), on verra bien ce que me proposera mon chirurgien. Mais d’abord il faut faire la symétrisation  des deux seins avec l’augmentation par prothèse de mon autre sein pour qu’il soit aussi joli et rond que mon sein dieppé. Je finis mes rayons fin mai 2015 donc d’ici juillet je pense avoir les suites, cad deux nouvelles opérations rapides pour augmenter l’autre sein et faire l’aréole et le mamelon. Je vous en dirai plus à ce moment là si vous souhaitez suivre mon témoignage.
Je ne regrette pas mon DIEP, j’ai un « bidou-sein » que j’aime (contraction réalisé à l’origine avec ma meilleure amie Vanessa en se disant que j’allais avoir la chance d’avoir mon bidou remonté pour devenir un sein). Je me sens bien, que ce soit habillée, en sous -vêtement ou nue. J’assume totalement ma grande cicatrice de 45cm en bas du ventre et ma cicatrice en rond sur le sein avec ma grande « bidou-aréole » d’une couleur légèrement différente à la peau naturelle de mon sein (ma peau du ventre que l’on voit sur mon sein est plus jaunie, moins rosée que le reste du sein). C’est tout de même grâce à cette opération et à ces cicatrices que j’ai la vie sauve alors pourquoi complexer ?  Vivons chaque instant en se disant que nous sommes vivants peu importe le physique. Comme je disais même avant d’être malade, si on se sent bien et belle dans sa tête, les autres nous verrons bien et belle au dehors et on s’acceptera soi-même, même avec nos défauts et nos cicatrices de guerre – guerre contre la maladie, que jusqu'à maintenant je suis en train de gagner.
Avoir ce cancer m’a permis de réfléchir, de faire des choix (tri dans les amitiés, tri dans les priorités personnelles et professionnel, prendre le temps pour moi) et je sais que je vis mieux depuis le diagnostic. Cette opération a été pour moi une renaissance, avoir le droit de revivre en ayant un sein décontaminé de ce vilain cancer, en ayant un corps que j’assume d’avantage, car c’est MON corps avec toute MON  histoire gravée dessus par mes cicatrices. Si tout était à refaire je le referai exactement pareil...
Toute cette histoire m’a aussi permise de connaître le véritable amour avec cet homme qui, je le reconnais, a énormément contribué à ma force et à mon état d’esprit optimiste. Son amour et notre complicité ajoutés  à ma confiance en moi et mon dynamisme ont fait des merveilles et je n’ai jamais été aussi heureuse que depuis que ce cancer et  lui sont entrés dans ma vie. Une pensée particulière à cet homme formidable qui se reconnaitra…

Merci Sophie pour ce témoignage !

Mai 2015


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