Témoignage de B en 2017 et de son aventure DIEP en reconstruction différée

 

L’AVENTURE D UN DIEP

J’ai subi une mastectomie suite à la découverte d’un cancer du sein en janvier 2014. J’ai su tout de suite que je voulais une reconstruction du sein dont ma mère n’avait pas pu bénéficier en 1978, où les techniques médicales étaient assez limitées.

Une amie m’a dit « un médecin, c’est avant tout un technicien ! ». Donc, après la fin de mon traitement (chimio et radiothérapie), je me suis mise en quête d’un excellent « technicien » pour me reconstruire. Une connaissance avait bénéficié de la technique du grand dorsal, donc j’ai pris rdv avec un chirurgien spécialiste de cette technique, ai programmé une première intervention, et…me suis débinée !

Nager est presque mon unique sport, et le chant lyrique une passion quasi quotidienne. J’ai vu dans le grand dorsal une entrave à ma liberté physique, ce que m’a confirmé plus tard le professeur qui m’a opérée. Je ne voulais pas qu’on me prélève un muscle, malgré les tentatives de me rassurer du chirurgien, je craignais de perdre souplesse et mobilité. J’ai pensé à la prothèse, mais ayant initialement une assez grosse poitrine, tous me l’ont déconseillé en termes de résultat, et ayant reçu de la radiothérapie qui réduit l’élasticité de la peau, il fallait de toute façon prélever de ma peau ailleurs pour me refaire un sein.

De fil en aiguille et après beaucoup d’interrogations, j’ai fini par atterrir dans le bureau d’un grand professeur de l’hôpital Pompidou. Le cursus et la renommée de ce chirurgien étaient plus que rassurants, malgré un premier contact un peu mitigé. Mais j’ai apprécié d’emblée sa grande expérience du DIEP (il en a réalisé des centaines) et il m’a proposé de rebrancher mes vaisseaux sanguins sous le bras pour ne pas toucher à la cage thoracique lors de la 1ère intervention et ainsi préserver l’apparition possible de douleurs liées à la pratique du chant lyrique ! J’avais trouvé THE super « technicien » !

La première intervention a été la seule éprouvante à mes yeux, pas douloureuse, mais très inconfortable. J’ai passé 2 jours alitée sans trop bouger et en tout environ une semaine à l’hôpital, mais déjà heureuse d’avoir franchi la plus grosse étape. Si c’était à refaire, je sauterais de nouveau le pas sans hésitation. J’ai retrouvé ma mobilité assez vite, et un mois après cette 1ère intervention, je marchais des journées entières au Puy du Fou.

Mon DIEP a été réalisé en 3 étapes : pour la 1ère et plus lourde, on m’a pris la graisse et la peau du ventre pour reconstruire une ébauche avancée de sein ; la 2ème consistait en un lipofilling, une réduction et remontée du sein controlatéral et la symétrisation ; et la 3ème un lipofilling et la PAM. La 2ème et 3ème intervention se font en ambulatoire, ce qui est vraiment très rapide et pratique. J’envisage une dernière opération car il y a encore une certaine différence de volume et de forme entre mes deux seins, mais cela ne se voit que déshabillée ou avec certains maillots de bain ; car avec les vêtements le résultat est assez satisfaisant, voire plutôt bluffant . Concernant les cicatrices, elles sont longues mais fines et s’estompent légèrement dans le temps. Je n’ai aucune douleur, juste quelques légers tiraillements parfois en sport, mais qui disparaissent.

En tout, cette reconstruction se sera étalée sur un an mais j’ai travaillé tout à fait normalement ce temps-là, mes nouveaux collègues n’ayant aucune idée de ce que je traversais, ni mes antécédents de cancer, ni le DIEP. Je continue le chant lyrique avec assiduité sans aucune gêne musculaire et très bientôt je reprends la natation comme après chacune de mes opérations.

Désormais, quand je me regarde nue dans la glace, je me dis que oui j’ai eu un cancer mais que j’ai retrouvé mon intégrité physique, que c’est un nouveau corps pour un nouveau départ. Et surtout je vois une femme entière. 

B., Juillet 2017

Merci pour témoignage très complet de votre parcours !