Témoignage de MH en 2014

Récit des 2 étapes de son DIEP  en décembre 2013 et avril 2014

1ère étape

En septembre 2011 j'ai subi une mastectomie associée à une reconstruction immédiate par prothèse rétro-pectorale pour carcinome intracanalaire. Je n'ai pas eu d'autre traitement.

Avant cette intervention j'avais évoqué l'éventualité d'une reconstruction par DIEP avec la chirurgienne qui m'avait dit alors que le délai pour un DIEP à Rennes était de 13 mois. Elle m'avait précisé que la pose d'une prothèse permettait de conserver la peau et que je pourrais envisager un DIEP plus tard si je le souhaitais. J'ai accepté la prothèse en me disant que si celle-ci me convenait je la garderais, et sinon je demanderais un DIEP si c'était possible.
En mai 2012 (soit huit mois plus tard) lors de la consultation de contr√īle, cette chirurgienne diagnostique une coque. Je lui rappelle alors mon souhait d'une reconstruction par DIEP. Elle me propose alors de voir le chirurgien plasticien qui pratique le DIEP √† Rennes. En insistant j'obtiens, fin juin, un rendez-vous avec ce chirurgien pour d√©but octobre. Une dizaine de jours avant le rendez-vous je re√ßois un courrier me disant que mon rendez-vous √©tait report√© en d√©cembre et que je serai vue par un autre m√©decin. Ce chirurgien que j'ai vu en d√©cembre 2012 √©carte le DIEP pour moi en raison du volume insuffisant du lambeau abdominal (ma taille de soutien-gorge est 90C) et du manque de laxit√© de la peau. Il me propose un lambeau de grand dorsal autologue avec lipomodelage, technique que je refuse en raison du sacrifice musculaire qu'elle implique. Un peu d√©sesp√©r√©e je m'adresse √† l'association RS DIEP.
A la suite d'une conversation au t√©l√©phone avec une personne de l‚Äôassociation RS DIEP, je d√©cide de prendre un autre avis √† l'HEGP √† Paris. J'ai imm√©diatement un rendez-vous (on est fin janvier 2013). Le chirurgien que je vois r√©fute les deux arguments de son confr√®re et me dit que je peux b√©n√©ficier d'un DIEP si je le souhaite. On me donne un rendez-vous pour l'angioscanner pour la mi-mai. Je suis sortie de l'h√īpital passablement d√©stabilis√©e, ne sachant plus tr√®s bien quoi penser. Apr√®s avoir pris le temps de r√©fl√©chir je d√©cide de suivre l'avis de ce chirurgien.
Fin mai, la secrétaire du service m'appelle pour me dire qu'au vu de l'angioscanner un DIEP est possible, et me propose la date du 11 décembre pour l'intervention. Six mois à attendre.
Les consultations préopératoires ont lieu le 22 novembre.

J-1. Le mardi matin je prends le train pour Paris pour entrer √† l'h√īpital √† 15h30.
La fin d'après-midi est consacrée à la consultation avec l'anesthésiste et aux examens habituels. Puis c'est le repas -correct- et le passage du chirurgien qui vient avec deux internes faire le repérage des vaisseaux au doppler. J'ai droit aux dessins sur le ventre auxquels je dois faire attention quand je prendrai ma douche. Je m'endors assez facilement mais je me réveille à 3h30.
Jour J. J'attends tranquillement 5h30 l'heure à laquelle l'infirmière vient me dire de prendre ma douche, ce que je fais, je me lave les dents, puis j'enfile la chemise de salle d'op, les  bas de contention. Un  comprimé d'anxiolytique et je me recouche. A partir de ce moment je somnole et n'ai plus aucune notion de l'heure.
Un brancardier vient me chercher pour m'emmener au bloc. Il me laisse dans le couloir à la porte de la salle d'op. Une infirmière vient se présenter, vérifie mon nom, ma date de naissance, la nature de l'intervention, etc. J'attends un peu, je trouve le temps long. Puis c'est l'infirmière anesthésiste qui vient me voir, effectue les mêmes vérifications, puis on me fait m'installer sur un brancard et j'entre en salle d'op. On m'installe sur la table d'op sur une espèce de coussin gonflé à l'air chaud. Je ressens surtout le froid de la salle d'op. L'infirmière anesthésiste m'installe : brassard de prise de tension à la cheville, électrodes de surveillance cardiaque, un bandeau sur le front destiné, me dit-on, à la surveillance (de quoi ? je ne suis pas en état de le demander). La pose des perfusions est un peu difficile, la première rate, il faut recommencer, ça fait mal. Enfin à la deuxième ou troisième tentative ça marche.
Puis c'est le masque "pensez à quelque chose d'agréable, vous penserez à la même chose au réveil". J'inspire deux fois puis ne me souviens plus de rien.
Je me r√©veille vers 15h30. On me remplace le masque √† oxyg√®ne par des lunettes. J'ai mal mais pas trop (5). On me fait une injection de morphine. Je sens la gaine qui me serre au niveau des c√ītes inf√©rieures. J'ai quatre drains et une sonde urinaire qui ne me g√™ne pas. L'infirmi√®re m'enl√®ve une perfusion, j'en ai une autre que je vais garder jusqu'au vendredi matin.
Une infirmière vient vérifier le bon état du lambeau. Sympathique le "ploup, ploup, ploup" que fait le doppler ; le lambeau est bien, je suis rassurée.
Au bout d'un moment je signale un poids sur mes pieds qui me gêne, je commence à avoir mal aux talons. La personne déplace le poids sur mes pieds : c'est mon dossier.
Un peu plus tard, prise de sang au pied, j'ai moins mal que ce à quoi je m'attendais, vu ce qu'en disait Isabelle. Une infirmière vient très régulièrement vérifier que le lambeau va bien. On me place le système de compression pneumatique qui me soulage un peu les talons. Je somnole, j'entends le va-et-vient autour de moi. Il y a une grande horloge devant moi, ce qui me permet de lire l'heure très régulièrement.
Vers 18h30 on vient me chercher pour m'emmener dans ma chambre. Je suis transférée dans mon lit. Le système de compression est débranché. La douleur aux talons devient plus intense. J'éprouve un moment de grande solitude. Arrivée dans ma chambre je pleure tellement j'ai mal. L'aide-soignante appelle l'infirmière qui arrive accompagnée d'un médecin. Un oreiller sous les jambes me soulage immédiatement les talons. J'entends le médecin demander à l'infirmière de faire attention car il pourrait y avoir des escarres.
Plus tard c'est une douleur à la fesse qui me fait souffrir. Il est 22h30 quand l'infirmier et l'aide-soignant de nuit regardent ce qui se passe. Ils me font un massage et retendent la gaine et je suis mieux. Cette douleur a persisté pendant six semaines.
Plus tard dans la nuit j'ai mal au dos. L'infirmier et l'aide-soignant me replacent dans le lit, l'infirmier me propose une injection de morphine que j'accepte. Je passe une fin de nuit correcte. Je b√©nis ma copine Fran√ßoise gr√Ęce √† qui j'ai pens√© √† apporter un vaporisateur d'eau min√©rale pour m'humidifier les l√®vres et la bouche ; en effet l'atmosph√®re de la chambre est tr√®s s√®che.

J+1. Vers 5h30 l'infirmier effectue la surveillance du lambeau et me fait une injection d'anticoagulant. Vers 8 h l'infirmière du matin passe, puis l'interne qui examine le lambeau et annonce que je vais pouvoir déjeuner. Bienvenu le petit déjeuner ! Ensuite les aides-soignantes viennent me faire une toilette au lit, puis l'infirmière refait les pansements. J'ai très mal quand l'élève infirmière essaie de me remettre la gaine. Finalement une autre infirmière réussit à la remettre après avoir protégé la zone douloureuse.
Dans la matinée il y a la grande visite par le chef de service qui dure environ deux minutes. La surveillance du lambeau continue toutes les heures.
On me propose de me lever vers 17h¬† ; c'est l'heure du go√Ľter, je prends un th√© assise sur le bord de mon lit. Ensuite je demande √† faire quelques pas dans la chambre aid√©e de l'aide-soignant avant de me recoucher. Dans la soir√©e, l'infirmi√®re accepte de m'aider √† me lever une deuxi√®me fois, ce qui me fait le plus grand bien au niveau des fesses et du dos.
Nuit sans histoire : surveillance régulière.

J+2. T√īt le matin je demande √† aller aux toilettes, on m'y accompagne. Je trouve ma respiration un peu bizarre, j'ai mal au niveau du sternum quand j'essaie de respirer √† fond. L'infirmi√®re retire la sonde urinaire et la perfusion, et d√©fait les pansements. J'ai un drain qui est en train de se d√©tacher. L'interne le refixe avec du tegaderm. Je signale ma g√™ne pour respirer, l'interne m'explique que pour d√©gager les vaisseaux le chirurgien est oblig√© de d√©coller des cartilages. Elle me donne la consigne de respirer √† fond pour √©viter une infection pulmonaire et de marcher le plus possible.
Une aide-soignante m'aide à prendre une douche assise. Ça me fait un bien fou. Puis l'infirmière vient refaire le pansement du ventre. Plus de pansement sur le sein. Surveillance plus espacée du lambeau.
Le chirurgien passe et m'annonce que je pourrai peut-être sortir le surlendemain (un dimanche), ce que je ne trouve pas très pratique, mon mari non plus.
Le midi pendant le repas j'ai des nausées (peut-être le tramadol qu'on m'a donné le matin). Après le repas je profite de la présence de mon mari pour marcher dans le couloir.
A partir de ce moment je suis à peu près autonome et je vais régulièrement marcher dans le couloir.

J+3. Je peux prendre une douche debout sans aide. Le drain qui menaçait de se détacher tombe.
A la visite du matin, l'interne estime que l'un des drains du ventre ne pourra pas être enlevé le lendemain. Je ne sortirai donc que le lundi.

La suite du séjour est sans histoire. Je profite du samedi et du dimanche pour me reposer. Je sors à J+5, munie d'antalgiques pour le voyage de retour (450 km), qui se fait sans souci en s'arrêtant toutes les heures et demie (2-3 fois), arrêts dont je profite pour marcher un peu.

Le retour à la maison est sans histoire. Je laisse mon mari faire à manger (super bien). Un(e)infirmier(ère) passe le matin pour les soins, je me débrouille pour prendre ma douche juste avant. Je sors marcher en augmentant un peu durée et distance chaque jour.

J+9. Au cours de la nuit j'ai trouv√© que mon sein avait beaucoup gonfl√©. J'appelle le service √† 6h. On me dit de rappeler vers 8h quand l'interne sera arriv√©e. Vers 8h45 je raconte mon histoire √† l'interne qui d√©cide de prendre contact avec le chirurgien qui m'a op√©r√©e puis me rappelle pour me demander de me rendre √† l'h√īpital, avec la consigne de plus boire ni manger. Mon mari d√©cide de m'y emmener. Arriv√©e √† l'h√īpital vers 15h, je suis vue par l'interne et le chef de service qui me rassurent : c'est seulement un h√©matome en train de se r√©sorber. A la visite suivante le chirurgien m'expliquera qu'il a craint une thrombose veineuse.

La suite est sans histoire. Le sein dégonfle progressivement. Je continue à marcher dehors quand le temps le permet. A J+26Je revois le chirurgien pour qui tout va bien et on programme la symétrisation et la reconstruction de l'aréole et du mamelon le 1er avril.

2ème étape

J'ai été à nouveau opérée le 1er avril : reconstruction du mamelon et symétrisation du sein controlatéral en ambulatoire. Le chirurgien n'a pas reconstruit l'aréole car la peau qu'il avait l'intention de prélever est de la même couleur que celle du lambeau, et j'ai une aréole très claire. Pour la symétrisation du sein controlatéral, j'ai seulement une cicatrice péri-aréolaire. J'ai eu un petit souci de fil non résorbé au niveau du mamelon reconstruit, qui a nécessité que je me rende en consultation à Paris et que le chirurgien a traité :
- enlever fils et cro√Ľtes puis suturer.
Il est trop t√īt pour appr√©cier le r√©sultat, les choses vont encore √©voluer. Cependant j'ai l'impression de retrouver un sein, d'autant plus que l'√©tui cutan√© a √©t√© conserv√©. Certes je n'ai pas ma poitrine d'avant mais ce que je vois me plait.

Merci à MH qui témoigne de son DIEP en mai 2014


DERNIERES ACTUS