TĂ©moignage de N. en 2011

Après le retrait d'une prothèse douloureuse 

Janvier 2010, mastectomie avec reconstruction immédiate. Je ne veux pas qu’on me prélève un muscle. Je refuse le grand dorsal. Je veux une reconstruction autologue. La chirurgienne me répond : « Vous avez vu comment vous êtes faites ! Trop menue, vous n’aurez jamais de reconstruction autologue ». Soit ! On part pour une prothèse puisque je n’ai pas le choix. Au réveil, c’est l’horreur, j’ai affreusement mal dans l’omoplate. Je ne sais pas d’où vient la douleur : de l’ablation ou de la reconstruction. J’ai un machin tout dur à la place du sein. Je crois qu’ils m’ont posé une coque rigide pour recouvrir la reconstruction. En fait non, ce truc tout dur c’est la prothèse. Première impression : jamais je ne vais pouvoir supporter ça. Je me raisonne. Je n’ai pas le choix, c’est ça ou rien. Mais cette prothèse me fait un mal de chien. La nuit elle me gêne, je ne dors pas longtemps. Même calée avec une armada de coussins, je ne tiens pas sur le côté droit. Du coup, je dois dormir sur le dos ou sur le côté gauche. Le jour elle me fait souffrir en particulier quand je dois me servir de mon muscle pectoral : faire un créneau, ouvrir un pot de confiture. Le lendemain d’une séance de piscine, je souffre car le muscle se contracte tout seul sur la prothèse sans rien demander à personne. Et puis, c’est moche, dur, froid, figé. Impossible de courir car j’ai un sein qui bouge et pas l’autre. Impossible de sauter, danser… Je ne peux plus être moi-même. Je n’avais pas envisagé la reconstruction comme ça. Je suis en permanence fatiguée, j’ai mal tout le temps. Pour couronner le tout, deux mois après l’opération, j’apprends que ma prothèse vient d’être interdite sur le marché pour un défaut de fabrication : marque PIP. A ce moment là, les commentaires de l’AFSSAPS sont rassurants. Mais quand même, on ne les a pas interdites pour rien…

Quatre mois passent avant que je ne revois la chirurgienne qui m’a opérée. Je lui parle de mes douleurs. Pas de commentaires. PIP : RAS. Juillet 2010, mon mari lit un article sur un chirurgien qui reconstruit sans prothèse et me dit qu’il faut que j’aille le voir. Mes enfants sont en vacances, ça attendra septembre. Fin août ma décision est prise. Je ne veux plus de cette prothèse qui me fait souffrir en permanence. Il faut l’enlever. Pour faire quoi ? Je prends RDV avec plusieurs chirurgiens y compris celui dont m’a parlé mon mari. Le premier me propose de changer la prothèse pour une autre marque. Le deuxième un DIEP. C’est quoi ? Jamais entendu parler. Mais c’est ce que je veux depuis le début : une reconstruction autologue. Comment ça, c’est possible ? Finalement je ne suis pas si maigre que ça ? Un petit bourrelet en bas du ventre, c’est le triste cadeau que m’ont laissé trois grossesses. Mais en l’occurrence ça va servir à quelque chose. Le troisième chirurgien a semblé effrayé par mon cas. Il ne m’a pas dit qu’il ne voulait pas de moi comme patiente, d’ailleurs il ne m’a rien dit sinon qu’il fallait que je retourne voir ma chirurgienne initiale. De toute façon, je m’en fiche, mon choix est fait c’est un DIEP que je veux. Je retourne les questions dans tous les sens comme je sais si bien le faire. Oui, c’est un DIEP que je veux.
Bon maintenant il va falloir attendre l’opération. Prévue pour fin juin, elle aura finalement lieu fin mars. Au réveil, je n’ai plus mal. Plus mal du tout. Cette douleur c’était bien la prothèse. Elle est partie. Hourra ! A sa place, j’approche ma main et je sens un sein chaud et tendre. Un vrai sein ! Alors là, c’est la fête dans ma tête. L’opération était peut-être difficile mais le résultat est celui que j’attendais. Les mois qui vont suivre viendront confirmer cette première impression. Depuis, je danse le rock comme une dératée. Je nage comme une forcenée. Je cours. Je vis tout simplement.

Merci Ă  N, juin 2012.